INTERVENTION ALAIN ZENNER
- Hugues De Waele

- 24 févr.
- 6 min de lecture
Alain Zenner est avocat, député, sénateur et secrétaire d’état. À la faveur du grand confinement en 2020, il a changé de registre en se consacrant à la rédaction d’un « Dictionnaire ludique et érudit du confinement ». En 2022 il a publié « Les Secrets de Knokke-Le-Zoute, dictionnaire ludique et érudit ». « La Côte belge de Knokke à La Panne », son dernier livre, a été publé en 2024. Il est également conférencier et un des animateurs des rendez-vous littéraires du Z-Club.
Quel avenir pour Knokke-Heist – Synthèse des observations et questions
Les membres du ZClub sont tous profondément attachés à Knokke-Le Zoute, et plus largement à Knokke-Heist. Ils ont l’habitude d’exprimer leurs attentes avec un esprit constructif et le sens des responsabilités. Mais en parcourant les questions et observations adressées à Hugues et en tentant d’en dégager les lignes de force pour vous les résumer, j’ai eu l’impression désagréable de rédiger moins une synthèse qu’un réquisitoire.
Je suis cependant convaincu que si votre parole se fait aujourd’hui plus grave et prend la forme d’un cahier de doléances, ce n’est pas par goût de la critique, mais parce que la situation l’exige, ce n’est pas par inclination mais par nécessité — c’est que l’inquiétude a pris le pas sur l’élan, c’est que vous jugez la situation suffisamment préoccupante pour appeler une écoute attentive.
Un membre résume parfaitement le malaise diffus mais persistant que vous exprimez : « Knokke-le-Zoute a été profondément défiguré par ceux qui en avaient la responsabilité. Il suffit de visiter une station comme Deauville pour mesurer, à des kilomètres-lumière, l’écart qui s’est creusé. Ici, plus aucune cohérence urbanistique, des immeubles surgis en dehors de tout périmètre raisonnable, une verticalisation brutale et souvent absurde, et surtout une laideur architecturale devenue la norme, là où l’élégance devrait être l’exigence minimale. Ce n’est pas une question de modernité contre tradition, mais de respect : respect du paysage, des proportions, de l’histoire et de l’âme du lieu. Le Knokke-le-Zoute qui a été façonné ces dernières années n’est malheureusement pas un Knokke-le-Zoute dont nous pouvons être fiers lorsque nous le faisons découvrir à nos amis étrangers. Et cela, hélas, dans toutes les directions. »
La gestion actuelle de la commune suscite de vives critiques. On ne voit pas de vision, on ne sent pas de souffle. Est-il vrai, demande-t-on, que la majorité s’est déjà divisée entre la liste NVA-CD&V (Coudyser-De Brabandere) et la liste Ja ! (Piet De Groote) et que la bourgmestre est aujourd’hui paralysée ?
L’information communale est jugée déficiente. Le bulletin numérique quotidien et le Tam-Tam sont à beaucoup d’égards peu précis, sauf pour annoncer des noces d’or ! Tout ce qui est annoncé l’est en termes vagues, comme pour éviter de s’exposer à la contradiction. Le site de la commune et ceux auxquels ils renvoient (comme Aquafin pour les travaux de renouvellement de l’égouttage) sont uniquement accessibles en néerlandais et parfois en anglais, mais jamais en français. La bourgmestre, pourtant régente en Français–Histoire–Économie, refuse de s’exprimer dans cette langue, non par incapacité linguistique mais par choix politique.
On se demande s’il existe une opposition digne de ce nom. Depuis son échec électoral retentissant, le cartel Gemeentebelangen est muet. Son site, réduit à des généralités, n’est pas même à jour. La photo de groupe qu’il affiche date du maïorat Morbee, où figurent des membres qui ont depuis lors rejoint la majorité actuelle au conseil communal et au collège.
Autre sujet de griefs unanimes : les places publiques. Depuis 1985 les trois plus belles places de Knokke – Van Bunnen, Wielingen, Albert – ont été profondément défigurées. Que reste-t-il du temps où l’avenue Lippens débouchait la majestueux Grand Hôtel et sur la mer, plutôt que sur un rempart en béton et une pyramide rose ? Que va devenir le versant sud de la place Wielingen (ex-Marie-José) ? Le superbe ensemble néo-renaissance a été abattu sans projet cohérent de réaménagement, et ce flanc demeure depuis longtemps en friche. Que dire de l’aménagement de la Place Albert, avec son dôme peu avenant et le prétendu emblématique One Carton ? Qu’est devenue la pièce d’eau qui y avait été promise ? Et qu’en est-il des autres places dont le réaménagement est en cours ou annoncé (Gemeenteplein, Verwee, Heldenplein et Vissershuldeplein) ?
Plusieurs d’entre vous évoquent les chancres existants ou en devenir : l’hôtel fantôme (Spookhotel) du bout de l’avenue du Zoute, l’ancienne clinique OLV à l’intersection de la Digue du comte Jean et de la rue Jan Devisch, la carie face à la place Verwee sur l’avenue Lippens… et, plus récemment, le Memlinc dont les travaux sont à l’arrêt et qui pourrait demeurer en l’état pendant de longues années. Un membre résume avec ce trait d’esprit acide : « C’était la Place M’as-tu-vu ; c’est devenu la Place On aura tout vu. »
En matière d’urbanisme la commune a annoncé une révision de la politique, avec l’arrêt de constructions en hauteur. Mais quelles sont, concrètement, les nouvelles directives ? Quelles orientations remplaceront les pratiques passées ? On ne le sait pas. Va-t-on vers une densification encore plus intense ? Va-t-on continuer à tolérer la division de belles propriétés familiales en tant de parcelles que les villas – souvent hors proportion – s’y trouvent accolées les unes aux autres ? Ou va-t-on enfin revenir à un aménagement du territoire à visage humain ? Pourquoi, demande-t-on, la commune a-t-elle autorisé l’implantation sous l’Approach d’un vaste garage et d’une station-service destinés à abriter et à entretenir des véhicules de collection, projet qui suscite une opposition marquée ? Au lieu d’écarter les voitures du bord de mer, on les y invite ! Que va devenir le Fort Saint-Paul, la propriété de Roger Nellens rachetée par le groupe Versluys – en échange, disent les mauvaises langues, du permis de construire du One Carton : sur son site, Versluys annonce qu’il pourrait en urbaniser 70 % ! Où en est le projet de second golf, dont le promoteur Ghelamco se serait retiré ?
S’agissant de l’aménagement des plages et de leurs abords pour contenir la montée des eaux plusieurs projets ont été mentionnés. Une ébauche est actuellement testée sur la plage proche du Rubens. Qu’est-il exactement prévu ? Les habitants du premier étage sur la digue auront-ils encore une vue sur la mer ?
Mobilité : Pourquoi n’y a-t-il plus de transport en commun entre la gare et la digue ? Pourquoi le shuttle s’arrête-t-il à la place Verwee ? Pourquoi n’existe-t-il pas de liaison appropriée du grand parking périphérique au centre ? Et pourquoi ce parking est-il inutilisable en été, au bénéfice du Cirque du soleil, là où son usage serait le plus nécessaire ? Pourquoi autorise-t-on la circulation sur la voierie longeant la digue de mer hors saison estivale, au lieu de l’interdire comme dans la plupart des autres stations balnéaires ?
La gestion chaotique des déchets suscite beaucoup de mécontentement. Il y a une dizaine de jours, la commune annonçait qu’à compter du 1er janvier 2027, un nouveau mode de collecte serait instauré : les tournées d’enlèvement des sacs poubelle seront supprimées. On ne viendra plus enlever vos poubelles : dorénavant, vous devrez déposer vous-mêmes vos ordures dans les conteneurs, et payer pour y avoir accès !
Plusieurs questions portent aussi sur les finances publiques, alors que l’endettement de la commune serait à la hausse.
Contrairement à ce que nos stations balnéaires ont proclamé, la taxe sur les secondes résidences n’a pas été validée par l’arrêt de cassation du 15 janvier dernier. La Cour s’est simplement bornée à annuler l’arrêt d’appel attaqué en considérant qu’il n’était pas motivé adéquatement au regard du principe d’égalité. Le Conseil d'État a pour sa part annulé la taxe provinciale de la Flandre occidentale sur les résidences secondaires pour les années 2022 à 2024. D’ailleurs, conscientes de ce que les taxes en cause pourraient buter sur d’autres moyens, les communes de La Panne et de Coxyde ont décidé d'instaurer un impôt additionnel sur le revenu de 5 % pour les résidents permanents dès 2026, afin de justifier légalement le maintien d'une taxe élevée sur les résidences secondaires. Knokke suivra-t-elle cet exemple et taxera-t-elle davantage ses résidents ?
Autre question d’ordre financier : est-il prudent de s’engager dans un projet très couteux de reconstruction du casino sans garanties ni projets précis d’exploitation assurant son financement ? Enfin certaines voix demandent quelles subventions la commune accorde-t-elle aux organisateurs du Zoute Grand Prix ?
Certains membres s’intéressent aussi à la Déontologie des édiles communaux. Ils se demandent quelles procédures et garanties ont été mises en place pour prévenir les dérives de gouvernance passées et pour veiller plus particulièrement à éviter les conflits d’intérêts – qu’il s’agisse de conflits d’ordre personnel ou d’ordre communal, comme lorsque la commune vend des terres en les assortissant de permis pour les valoriser. Ils évoquent notamment des liens trop étroits entre certains dirigeants et des promoteurs. Ils rappellent les condamnation pénales intervenues en son temps et les faits de prévarication qui ont amené la Région flamande, il n’y a quelques années, à entreprendre un audit de gestion approfondi et à provoquer en 2022 la démission d’un échevin et le placement de la commune sous surveillance renforcée.


bravo Alain, Tu as entièrement raison !