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Quand Knokke rêvait au cinéma

Il est des lieux dont l’existence semble aujourd’hui n’avoir subsisté que dans une lumière intérieure, semblable à celle qui, certains soirs d’enfance, s’attardait sur les façades avant de se dissoudre dans la mer.



Ainsi en fut-il de la première salle de cinéma de Knokke, née en 1908, à une époque où la digue, encore neuve, n’avait pas tout à fait appris à se croire éternelle. Elle se cachait dans

le Grand Hôtel, premier édifice hôtelier dressé face à la mer, à l’extrémité de l’avenue Lippens, non loin de la place Van Bunnen. On n’y projetait des images qu’en été, lorsque la station s’emplissait de visages venus d’ailleurs, et les films muets y trouvaient leur voix dans un piano solitaire, dont les notes, parfois hésitantes, semblaient chercher leur chemin entre l’écran et les cœurs.


Puis vinrent les années vingt, prodigues en promesses et en illusions, qui virent éclore de nouvelles salles comme autant de fleurs artificielles tournées vers la modernité. En 1922, le Cinéma Royal ouvrit ses portes avenue Lippens ; plus tard rebaptisé Nova, il se para de peintures murales où des sirènes irréelles et des poissons monstrueux semblaient nager dans un rêve marin un peu inquiétant. Ces créatures, figées dans le plâtre et la couleur, survécurent longtemps aux spectateurs, jusqu’à la fermeture définitive du lieu en 1990, quand le silence reprit possession de la salle.


L’année 1923, si féconde pour la ville, vit également naître l’hôtel Princesse, à l’angle des avenues Lippens et Elisabeth. Sa salle de cinéma changea plusieurs fois de nom — Cinéma Moderne, puis Royal, enfin Princesse — comme si elle cherchait, au fil des décennies, l’identité qui pourrait la sauver. Elle ferma pourtant en 1985, cédant la place à des divertissements d’un autre ordre : d’abord un lunapark aux lumières criardes, puis un restaurant italien, puis encore un restaurant chinois, comme si les murs, fatigués de tant de métamorphoses, avaient renoncé à se souvenir de leur première vocation.


À l’aube de cette même année 1923, l’Hôtel-Café-Restaurant Minerva ouvrit ses portes au début de l’avenue Lippens. À l’arrière, une vaste salle de danse animée par un orgue de Barbarie devint, lors de la Libération, le cœur battant de la ville. On y vit la population locale fraterniser avec les soldats canadiens et anglais, dans une liesse où la musique semblait abolir pour un instant le poids de l’Histoire. En 1952, la salle fut transformée en Cinéma Minerva, premier à offrir à Knokke la largeur miraculeuse du cinémascope. Il s’éteignit à son tour en 1980, comme tant d’autres, sans bruit.


Même l’avenue du Littoral eut son cinéma, le Cinéma du Zoute, qui disparut dès 1957, tandis que, vers 1936, dans la rue Marie-José, un ancien garage se métamorphosait en Superciné, aventure brève, refermée au début des années soixante.

Le Monty, né en 1946 au sein de l’hôtel Noordzee, avenue Piers, offrit pendant quelques années ses images aux promeneurs d’après-guerre ; dans son couloir d’accès, les peintures de Luc Peire accompagnaient les spectateurs comme une discrète préface au rêve. Il ferma en 1964.

 

Les années soixante virent encore surgir un dernier élan : Walter Lamote, revenu du Congo après l’indépendance, transforma la salle des fêtes Capitole, avenue Dumortier, en Cinéma East Side. Pour annoncer ses programmes, il créa même un journal gratuit, Tam-Tam, dont le nom résonne aujourd’hui comme un écho lointain. Le cinéma s’éteignit en 1989.

Enfin, en 1988, à l’endroit même où se dressait jadis le Grand Hôtel et le tout premier cinéma de Knokke, ouvrit le Beverly Screens, avec ses quatre salles, comme un dernier sursaut de mémoire. Il fut le dernier.


Et lorsque l’on évoque aujourd’hui ces salles disparues, il arrive que des musiques de films remontent à la surface de l’esprit — certaines trop violentes pour ne pas troubler l’âme, d’autres si mélancoliques qu’elles semblent seules capables d’adoucir la perte. Alors, pour ne pas assombrir la journée, mieux vaut sans doute laisser de côté les cris stridents de Psychose ou les hélicoptères d’Apocalypse Now, et se réfugier directement dans la neige et l’amour impossible du Docteur Jivago, là où la mémoire, enfin, trouve le droit de se reposer.


Hugues

 
 
 

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1 commentaire

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Philippe
26 févr.
Noté 5 étoiles sur 5.

Quel dommage, quel gachis … alors que Le Coq a sa salle de cinema !!!

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