DANS QUEL MONDE VUITTON?
- Hugues De Waele

- 4 mars
- 3 min de lecture
À Knokke-Heist, de plus en plus d’habitants ont l’impression d’assister à une pièce de théâtre dont le scénario changerait chaque semaine. Titre possible : « Transparence, cohérence… et effets spéciaux ». Car franchement, dans quel monde « Vuitton » ?
Pendant que certains pratiquent l’autruche de compétition, d’autres creusent. Notamment la conseillère communale Astrid Mestdach, ex-Première échevine et actuellement chef de groupe (Gemeente Belangen), qui a décidé de regarder sous le tapis du casino.
Et que découvre-t-elle ?
Le 11 décembre 2025, un rapport du département Loisirs–Événements mentionne que, lors du Bal des Pompiers, des feux d’artifice ont été tirés… à l’intérieur du casino. Oui, à l’intérieur. Pendant « Le Bal des Pompiers » ! On hésite entre humour absurde et mauvaise blague communale. Et pourtant, tout semblait alors parfaitement gérable.
Quelques semaines plus tôt, le 17 octobre 2025, ce même département expliquait qu’en tenant compte des travaux prévus, des événements pourraient encore se tenir au casino jusqu’à fin 2028. Autrement dit : pas d’urgence, pas de fermeture imminente, encore plusieurs années d’exploitation possibles.
Fin d’année, les soirées s’enchaînent d’ailleurs sans difficulté : événements festifs, grandes réceptions, ambiance Gatsby, tout roule. Aucun signal d’alarme public. Puis arrive le 10 janvier. Les « Casino Boys » (ces « cyclo-terroristes de la route) — plus de 400 personnes attendues, traiteur réservé, spectacle organisé, matériel loué — voient leur bal annuel annulé… la veille. Motif : raisons de sécurité. La veille. Pour 400 invités. La sécurité aurait-elle soudainement découvert quelque chose que personne ne voyait quelques jours plus tôt ?
La bourgmestre, Cathy Coudyzer, aurait-elle été gagnée par une panique tardive après l’incendie de Crans-Montana ? La question se pose, car jusque-là, les événements semblaient ne poser aucun problème.
Astrid Mestdach a décidé d’examiner le dossier de plus près. Et les éléments qu’elle met en lumière interpellent. Une note du 17 décembre 2025 de Napoleon Games à la commune précise que 35 événements sont déjà prévus en 2026, avec une capacité allant jusqu’à 500 personnes. La haute tension est déclarée conforme et sûre suite au contrôle du 1er septembre 2025. La basse tension, elle, nécessite des investissements importants dans la grande salle, de l’ordre de quelques centaines de milliers d’euros, mais il n’est question nulle part d’un danger immédiat.
Même l’assureur AXA indique le 13 janvier qu’il n’est pas exclu que des événements puissent continuer, à condition de procéder à certaines adaptations et investissements. Il n’y a pas d’avis négatif formel des pompiers. Pas de rapport d’expertise déclarant le bâtiment dangereux. Ce qu’il y a, surtout, c’est de l’incertitude.
Et malgré cela, on parle désormais d’une suspension générale des événements jusqu’en 2033. Jusqu’en 2033. Dans quel monde « Vuitton », une décision aussi radicale se prend-elle sans constat clair de danger immédiat ?
Astrid Mestdach insiste : le débat ne porte pas sur l’importance de la sécurité — elle est évidemment prioritaire. Mais une fermeture totale et immédiate doit reposer sur des faits concrets, pas sur des doutes administratifs ou une prudence amplifiée. Selon les estimations, la mise en conformité électrique coûterait entre 250 000 et 500 000 euros. Or l’exploitant ECK SA a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 131 millions d’euros et un bénéfice de 49,7 millions. La question est donc légitime : un tel investissement est-il réellement hors de portée ?
Les enjeux économiques sont loin d’être anecdotiques. Le casino est loué en moyenne 35 soirées par an, avec environ 500 visiteurs par événement et une dépense moyenne de 200 euros par personne. Cela représente environ 3,5 millions d’euros de dépenses directes annuelles, soit 10 millions sur trois ans. À cela s’ajoutent les retombées indirectes — hôtels, restaurants, commerces — estimées à 12,5 millions d’euros supplémentaires sur trois ans. Au total, on parle d’un impact de 22,5 millions d’euros pour l’économie locale.
22,5 millions d’euros face à un investissement maximal de 500 000 euros. Le contraste est saisissant. Sans compter le risque que, lassés par l’incertitude, certains organisateurs déplacent durablement leurs événements vers Middelkerke, Ostende, Blankenberge ou Bruges.
La question fondamentale reste donc celle-ci : la fermeture générale et prolongée est-elle proportionnée à la situation décrite dans le dossier ? Pour Astrid Mestdach, la réponse est non. Elle plaide pour une solution temporaire, proportionnée et pragmatique : investir, sécuriser, contrôler, mais ne pas condamner tout un pan de l’activité locale sur la base d’incertitudes.
Finalement la leader de l’opposition a interpellé le collège des bourgmestre et échevins lors du dernier conseil communal, et la bourgmestre n’est pas restée de marbre … elle s’est étouffée d’indignation, en imputant les problèmes de sécurité – qui lui paraissent évidents, mais dont elle ne s’aperçoit que plus d’un an après son entrée en fonction et alors que les contrôles avaient été positifs – à ses prédécesseurs – en oubliant sans doute que parmi ceux-ci figurait son allié et actuel Premier échevin Piet De Groote – belle élégance !




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