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 LA VIE NOCTURNE AU ZOUTE

Interrogé en 2015 sur les souvenirs de ses vingt ans, Aldo Vastapane expliquait : «Il y avait, à l’époque, un restaurant chic situé sur la digue, L’Argentière, avec au sous-sol une cave dans laquelle était installé le club Horse Neck. C’était the place to be, à l’époque. Et on s’y amusait énormément ! Un autre club à grand succès était Les Trois Cabbaleros exploité par Fefo Capponi. Peu de temps après se sont ouverts deux autres bars à la mode La Tortue ([dans la rampe de Wielingen], qui deviendra La Tortue du Zoute, et Le Zwin où tous les jeunes gens allaient. Je peux vous dire qu’à l’époque on savait s’amuser »

 


Dans les années 60 et 70 d’autres night clubs existaient encore à Knokke, comme le Bagatelle, le Patrick’s club (devenu ultérieurement le Dubbel’s) et le Twenty Seven au casino, le Perchoir sur la place du Triangle, le Red Mill, l’Old Steamer et les Trois Caballeros sur la rue De Wielingen, le Wielingen dans la Résidence Saint-Georges, le Blitz sur l’avenue Élisabeth (à côté du restaurant Bot Kill), les De Hoeve, Uylenspiegel et The Ranch sur la rue De Jude, le Baron’s (première boîte à homosexuels) et le Thalassa sur la petite rue du poivre (Peperstraat), mais ils durent mettre un à un la clef sous le paillasson.

 

« C’était le bon temps, le temps du Scotch, le temps du Hoef ou de l’Esquinade…, rapportait la Zoute Gazette en 1988, en déplorant leur fermeture. Ils sont nombreux ces cinquantenaires qui se promènent de terrasse en terrasse pour se plaindre du manque de boîtes de nuit à Knokke. (…) ‘‘Il faut choisir, ou nous devenons Deauville et il n’y a plus rien pour les jeunes, lance Guy du Bananas ou la commune fait tout pour garder ce public en créant un complexe à l’extérieur de la ville.’’ (…) Ces jeunes - de l’avis de tous - manquent d’un endroit approprié, sûr mais amusant, un lieu digne de confiance et à la portée de toutes les bourses. - A ce propos l’attitude de la commune est claire : les boîtes de jeunes perturbent la quiétude des habitants. Plus question donc d’accepter l’ouverture de nouveaux dancings dans l’agglomération. Bagarres, drogue, bruit sont les maux qui font peur… Les boîtes qui subsistent savent parfaitement bien qu’un jour ou l’autre, il faudra quitter les emplacements centraux - les propriétaires préfèrent louer à des commerçants diurnes bien plus paisibles. Ainsi, après 9 ans, le Bananas quitte la scène knokkoise pour laisser la place à deux magasins. - Quant aux boîtes du Casino (Number One et Dubbel’s), leur parfaite localisation et leur ancienneté leur assure un avenir en bronze. - Où installer les nouvelles boîtes ? A l’extérieur de la ville dans un vaste complexe avec parking et surveillance policière ? L’idée est séduisante, mais qui ira ? Qui investira ? Il faut compter 30 millions pour installer une boîte convenable (…) - Le Bananas ferme le 3 septembre, les pessimistes prévoient la fermeture prochaine du King et du 5 Anneaux malgré leur succès. D’autres oiseaux du Zwin (de mauvaise augure) imaginent un monopole du Casino. Une situation catastrophique qui risquerait de pousser les jeunes Knokkois (d’un jour ou de toujours) à sortir à Blankenberghe et peut-être à déserter la cité balnéaire peu disposée à accueillir les ados. »

 

Si la vie nocturne n’y est plus ce qu’elle était lors de ses heures de gloire, la ville ne s’éteint pour autant pas partout après le coucher de soleil : en témoignent le Number One sur la digue, à l’avant du Casino[5], pour les propriétaires des plus gros 4x4 et des voitures de sport, et le Blush sur la place Van Bunnen, avec ses bandes de (très) jeunes branchés déchaînés.

 

Et puis les réflexions précitées ont conduit à l’ouverture du Knokke-Out Café, dans le clubhouse du tennis, qui a aussi redynamisé les nuits de la station balnéaire : on y dîne, et sitôt la soirée avancée, les lumières s’éteignent pour faire place à des rythmes endiablés.

« Entre 9 heures du soir et 6 heures du matin, on rêve de se réinventer, on n’a plus peur de trahir ou de dire la vérité, on croit que nos actes sont sans conséquence. On s’imagine que tout est permis, que les erreurs seront oubliées, les fautes pardonnées. La nuit, territoire de la réinvention, des prières murmurées, des passions érotiques. La nuit, lieu où les utopies prennent un parfum de possible, où le réel et le trivial semblent ne plus pouvoir nous contraindre. La nuit, contrée des songes où l’on découvre que l’on abrite, dans le secret de son cœur, une multitude de voix et une infinité de monde. ‘‘Je proclame la Nuit plus véridique que le jour’’, écrit Senghor dans Éthiopiques » : voilà comment la définit joliment Leïla Slimani dans Le parfum des fleurs la nuit.


Les nouveaux Secrets de Knokke-Le Zoute – Dictionnaire ludique et érudit.

Nouvelle édition illustrée.

Éditions La Muette – Le bord de l’eau, 2023,477 p.

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